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Mercure en folie : comment maintenir les systèmes de santé parfaitement opérationnels pendant les vagues de chaleur ?

16 octobre 2026
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« Une journée très chaude ne nous pose pas forcément de problème majeur. Mais nous avons une accumulation de chaleur, qui met ensuite du temps à se dissiper. Notre infrastructure n’est pas conçue pour assurer un refroidissement pendant la nuit. »

Chris Todd est président de la Health Estates and Facilities Management Association [Association pour la gestion des établissements et structures de santé], dont le siège se trouve au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord. Il constate à quel point les vagues de chaleur extrême, comme celle qui a frappé la Région européenne de l’OMS cet été, ont des répercussions sur l’ensemble des structures de santé – des services de soins primaires aux hôpitaux – ainsi que sur les structures d’accompagnement social vers lesquelles les personnes âgées en situation de vulnérabilité sont souvent orientées à leur sortie d’hôpital.

La surchauffe à l’intérieur des bâtiments eux-mêmes peut compromettre la sécurité, le confort et le bien-être des patients, des résidents et du personnel. Mais la chaleur extrême peut également avoir raison de la technologie (systèmes de gestion numérique des dossiers, refroidissement d’équipements médicaux sensibles, etc.), ce qui peut entraîner des pannes et perturber la continuité des soins. La chaleur peut également affecter les chaînes d’approvisionnement, entraînant des problèmes de disponibilité de produits essentiels.

En 2026, l’OMS a publié une mise à jour des recommandations de ses plans d’action sanitaire contre la chaleur afin d’aider les pays à mettre en place des systèmes de santé résilients face à un climat qui se réchauffe, caractérisé par des étés de plus en plus chauds et des vagues de chaleur plus fréquentes, tout en se préparant à de nouvelles hausses de température à l’avenir.

Conception des bâtiments et organisation des systèmes

Face à la hausse des températures due au changement climatique, les solutions visant à lutter contre la chaleur au sein des systèmes de santé ne peuvent se limiter à une simple réaction. La résilience face à la chaleur extrême doit faire partie intégrante des décisions du quotidien sur la planification des systèmes de santé, leur fonctionnement et leurs infrastructures.

Compte tenu de la grande diversité des bâtiments dont Chris a la charge, tant au niveau de leur conception que de leur âge, les vagues de chaleur posent des défis variés. Les mesures efficaces dans d’autres contextes ne sont pas toujours facilement transposables dans les établissements de santé, où les impératifs de la prévention et du contrôle des infections, ainsi que certaines normes spécifiques pour la ventilation, requièrent parfois d’autres types de stratégies de refroidissement, comme la configuration des bâtiments et le refroidissement passif.

« Quand on entre dans un grand magasin, c’est une fraîcheur agréable, oui, mais ce n’est que de l’air recyclé : de l’air qui a été refroidi, puis refroidi à nouveau, encore et encore », explique Chris. En milieu hospitalier, l’utilisation d’air recyclé peut présenter un risque sur le plan de la lutte anti-infectieuse, car elle peut propager des virus et des bactéries de la chambre d’un patient à une autre, à moins que le système de climatisation ne soit équipé de dispositifs de filtration hautement efficaces : « L’un des plus grands défis consiste à définir clairement les priorités. S’agit-il de la prévention et du contrôle des infections ou de la température nécessaire au bien-être ? La réponse est bien sûr : les deux. Elles sont toutes les deux notre priorité. Mais voilà nos dilemmes. »

Chris et son équipe effectuent régulièrement des contrôles des installations en temps réel. Afin de garantir le bien-être du personnel, des salles climatisées ont été aménagées pour lui permettre de se reposer, et de l’eau fraîche est toujours à sa disposition. Des salles plus fraîches sont disponibles pour les patients en convalescence. Des refroidisseurs temporaires ont également été mis en place, même si ceux-ci peuvent fortement solliciter ces infrastructures, qui n’ont pas été conçues pour supporter une utilisation aussi intensive et prolongée.

Des problèmes persistants

Comme l’a montré la séquence inédite de vagues de chaleur qui ont frappé la Région européenne cet été, les périodes d’extrême chaleur font peser des contraintes multiples sur les systèmes de santé. Par exemple, les personnes âgées ou celles qui souffrent de comorbidités peuvent être particulièrement oppressées par la chaleur, de sorte que les vagues de chaleur entraînent une augmentation de la demande de services.

Les vagues de chaleur peuvent également avoir des répercussions sur certaines procédures cliniques. Par exemple, lors des opérations orthopédiques, le ciment doit sécher dans un délai donné. Si le ciment sèche trop rapidement à cause de la chaleur, les interventions cliniques doivent être reportées. La chaleur peut également perturber les services de proximité en limitant la capacité des professionnels de santé à effectuer en toute sécurité leurs visites auprès des patients, ainsi que d’autres activités qui ont lieu en extérieur, ce qui nuit à la continuité des soins et à la prestation des services. 

« Chez soi, chacun peut adopter certaines habitudes pour s’adapter à la chaleur, comme baisser les stores ou les volets pendant la journée ou ouvrir les fenêtres la nuit, mais dans un environnement hospitalier, cela s’avère plus difficile à mettre en œuvre. Les exigences en matière de santé et de sécurité limitent parfois les possibilités d’ouvrir des fenêtres, ce qui empêche de rafraîchir efficacement les pièces. De même, lorsque les températures extérieures restent élevées, les systèmes de ventilation peuvent aspirer de l’air chaud dans les bâtiments, ce qui réduit les possibilités de rafraîchissement et contribue à la surchauffe. »

Dans ces cas-là, les alertes météorologiques nationales constituent un outil qui peut aider les hôpitaux à planifier les interventions délicates de manière à éviter les plages de températures extrêmement élevées. 

1 personne avertie en vaut 2

Ties Eikendal est médecin urgentiste au Centre médical universitaire Radboud MC de Nimègue, Pays-Bas (Royaume des). Il affirme que, même si la population se moque parfois des alertes météo émises par le Service météorologique royal des Pays-Bas, celles-ci font une grande différence.

« Il y a 3 niveaux. Le jaune signifie qu’il faut être prudent ; l’orange indique que la situation est délicate, et le rouge signifie que les problèmes météorologiques entraînent des conséquences très graves. En hiver, la chaussée devient glissante à cause de la formation de glace. Si c’est inattendu, à 8 heures du matin, mon service des urgences est envahi de gens qui sont tombés de leur vélo en se rendant au travail. Si, la veille au soir, une alerte météo « orange » annonce que les routes vont être glissantes et qu’il faut faire attention, à 8 heures du matin, mon service des urgences est désert. Donc, ça marche bel et bien. »

On observe le même effet protecteur lorsque des alertes sont émises en cas de canicule. Ties fait part de ses observations : « Si le niveau d’alerte est rouge, le Service météorologique conseille à la population de ne pas sortir, et celle-ci reste donc chez elle. Il ne s’agit pas d’une obligation réglementaire, ni d’une loi, mais on sait que lorsqu’une alerte rouge est déclenchée, des vies sont en danger. Donc, si l’on ne peut pas se rendre au travail, c’est acceptable. »

Il fait remarquer que, d’après son expérience, ces conseils contribuent à guider les personnes âgées et autres personnes en situation de vulnérabilité qui pourraient avoir des comportements à risque. Dès lors, elles sont plus enclines à rester chez elles si leur environnement est plus frais, et à boire davantage. 

Ties explique comment les alertes de canicule permettent à son équipe de se préparer : « Nous faisons venir du matériel supplémentaire pour traiter les problèmes liés à la chaleur. Pour soigner les coups de chaleur, nous utilisons des serviettes imbibées d’eau ; on va donc s’assurer qu’il y ait suffisamment d’eau, de serviettes et de ventilateurs. Nous disposons d’une baignoire pour les bains d’eau glacée, que nous amenons aux urgences. »

Ties pense que les effets de la chaleur et les autres conséquences sanitaires du changement climatique (inondations, sécheresses, pénuries alimentaires, etc.) commencent à peine à se faire sentir et qu’ils vont s’aggraver. En tant que dispositif d’avertissement précoce pour les systèmes de santé, les alertes canicule s’avéreront utiles si des procédures standardisées convenues sont mises sur pied et appliquées dès la diffusion d’une notification.

« Il y aura des problèmes que nous ne pouvons pas prévoir, ou que nous ne voulons pas prévoir, et qui poseront un problème pour les systèmes de santé. »

Plans d’action sanitaire contre la chaleur

« La Région européenne de l’OMS se réchauffe à un rythme 2 fois supérieur à la moyenne mondiale. Les vagues de chaleur vont devenir plus fréquentes, plus intenses, et elles dureront plus longtemps. Les systèmes de santé doivent se préparer à rester résilients », déclare Oliver Schmoll, responsable de programme au Centre Environnement, changement climatique et santé de l’OMS/Europe.

Lors des pics de demande de soins provoqués par les vagues de chaleur, les systèmes de santé doivent être en mesure de continuer à dispenser des soins efficaces en toute sécurité, ce qui peut mettre le personnel et les infrastructures sous pression. Parallèlement, les professionnels de santé sont exposés à des risques liés à la chaleur sur leur lieu de travail, susceptibles d’affecter leur sécurité et leur capacité à exercer leurs fonctions. Ces risques sont aggravés par les conséquences générales des vagues de chaleur, telles que le manque de sommeil, dont ils souffrent en dehors de leur travail. 

« Nous disposons d’outils éprouvés pour renforcer les systèmes de santé et sauver des vies. Les plans d’action sanitaire contre la chaleur de l’OMS préconisent une stratégie de résilience pour gérer la chaleur, et une coordination entre la planification des systèmes de santé, les infrastructures, les capacités des personnels et la prestation des services. Il est temps à présent de mettre en place des plans d’action sanitaire contre la chaleur afin de garantir que les services essentiels restent accessibles et opérationnels dans de bonnes conditions de sécurité en cas de canicule et dans un climat de plus en plus chaud. »